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Dommage !

Invité samedi dernier dans l’émission Au Tableau ! sur C8, Jean-Michel Blanquer s’est vu proposer une petite dictée surprise par les écoliers. Et il a fait deux belles fautes sur le passé simple du verbe « courir ».

 

Il faut dire que le verbe courir (et tous ses dérivés), à l’instar du verbe mourir, est souvent maltraiter à l’oral comme à l’écrit.

 

Ce dont on peut être sûr, c’est qu’ils ne prennent qu’un r.
En effet, « quand on court on manque d’air (d’r) », et « on ne meurt qu’une fois (1xr) ».

 

En revanche, le verbe nourrir prend 2 r car « on se nourrit plusieurs fois par jour ».

 

Bon, jusque-là, ces précieux moyens mnémotechniques, dont je suis friande, sont acquis (du verbe acquérir* avec un seul r également, parce que... c’est comme ça !).

 

Mais ce serait trop simple s’il n’y avait pas une petite particularité remettant d’un coup en question nos certitudes.

 


 

Voici un petit test. D’après vous, quelles propositions sont exactes ?

 

1.      Si nous fumions moins, nous courerions plus vite.

 

2.      Ce matin, vous mouriez d’envie devant toutes ces pâtisseries.

 

3.      Quand j’étais plus jeune, je courrais trois fois par semaine.

 

4.      Nous mourons de rire chaque fois que nous entendons ce sketch.

 

5.      Demain, nous courons tous ensemble.

 

6.      Les athlètes s’entraînent car ils couront le prochain marathon.

 

7.      Si vous deviez sauter en parachute, ne moureriez-vous pas de peur ?

 

8.      Si tu m’abandonnais, j’en mourrais.

 

9.      Éteignez vos smartphones. Pour une fois, vous n’en mourrez pas !

 

10.    Si nous ne nous ressaisissons pas, nous courrons à la catastrophe !

 


 

Parce que, et c’est là que le bât blesse, lorsqu’ils sont conjugués au futur et au conditionnel présent, ces petites astuces tombent à l’eau et ces verbes finissent par nous « pomper l’air » (et hop ! on rajoute un r).

 

Alors, pourquoi une telle complexité ?

 


 

Commençons par le commencement.

 

Le futur se construit généralement à partir du radical du verbe (infinitif jusqu’au r) auquel on ajoute les terminaisons du verbe avoir au présent (j’ai, tu as, il a, nous avons, vous avez, elles ont).
Ex. : souhaiter => souhaiter| + ai = je souhaiterai ; mettre => mettr| + as = tu mettras

 

Pour le conditionnel, c’est le même principe, mais les terminaisons sont celles de l’imparfait (j’avais, tu avais, il avait, nous avions, vous aviez, elles avaient).
Ex. : souhaiter => souhaiter| + ais = je souhaiterais ; mettre => mettr| + ais = tu mettrais

 

Simple, non ?

 


 

Maintenant, revenons à nos moutons, à savoir les verbes courir et mourir.

 

La seule différence est que le i disparaît laissant les deux r côte à côte et… c’est ainsi qu’on périt (on perd i !) au futur.

 

Démonstration :

 

courir => courir| + ai, as, a, ons, ez, ont
Je courrai, tu courras, il courra, nous courrons, vous courrez, elles courront.

 mourir => mourir| + ai, as, a, ons, ez, ont

Je mourrai, tu mourras, il mourra, nous mourrons, vous mourrez, elles mourront.

 

Et, par voie de conséquence, on perd i également au conditionnel :

 

courir => courir| + ais, ais, ait, ions, iez, aient
Je courrais, tu courrais, il courrait, nous courrions, vous courriez, elles courraient.

 mourir => mourir| + ais, ais, ait, ions, iez, aient

Je mourrais, tu mourrais, il mourrait, nous mourrions, vous mourriez, elles mourraient.

 

À l’oral, il faut bien sûr prononcer les deux r ! Sinon, j’en mouRRais !!!

 


 

Les réponses au petit test étaient donc les suivantes (exactes corrigées) :

 

1.      Si nous fumions moins, nous courrions plus vite.                                   
        = conditionnel

 

2.      Ce matin, vous mouriez d’envie devant toutes ces pâtisseries.           
        
= imparfait

 

3.      Quand j’étais plus jeune, je courais trois fois par semaine.                  
        
= imparfait

 

4.      Nous mourons de rire chaque fois que nous entendons ce sketch.    
        
= présent

 

5.      Demain, nous courrons tous ensemble.                                                   
         = futur

 

6.      Les athlètes s’entraînent car ils courront le prochain marathon.         
         = futur

 

7.      Si vous deviez sauter en parachute, ne mourriez-vous pas de peur ?
         = conditionnel

 

8.      Si tu m’abandonnais, j’en mourrais.                                                          
         = conditionnel

 

9.      Éteignez vos smartphones. Pour une fois, vous n’en mourrez pas !   
         = futur

 

10.    Si nous ne nous ressaisissons pas, nous courons à la catastrophe !    
         = présent

 


 

C’est ainsi, grâce à ce petit tour de passe-passe, que nous pouvons distinguer :

 

l’imparfait (je courais/je mourais ; nous courions/nous mourions)
du conditionnel (je courrais/je mourrais ; nous courrions/nous mourrions),

 

et le présent (nous courons/nous mourons ; vous courez/vous mourez)
du futur (nous courrons/nous mourrons ; vous courrez/vous mourrez).

 

Alors ? Elle n’est pas subtile cette belle langue ?

 

 

*Le verbe acquérir et tous ses dérivés subissent le même sort.

 

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